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Publié : 24 janvier 2017
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Révolution numérique, révolution culturelle ?

Un ouvrage de Remy Rieffel : résumé de l’ouvrage...

Révolution numérique, révolution culturelle ? Rémy Rieffel.

Introduction
Après une première révolution industrielle fondée sur l’essor de la machine à vapeur et du chemin de fer, puis une deuxième révolution symbolisée par l’exploitation de l’électricité et du pétrole, les sociétés occidentales sont à présent entrées dans une troisième phase grâce à l’électronique, l’informatique et internet. Point commun : on assiste à chaque fois à l’apparition de grands réseaux ( chemin de fer, électricité, internet) et de grandes figures d’innovateurs ( James Watt, Thomas edison et Bill gates). Ces progrès technologiques qui bouleversent simultanément les modes de production et de consommation s’accompagnent en outre de l’émergence d’un imaginaire qui semble promouvoir la naissance d’une nouvelle humanité.
Explosion de réseaux de communication, de flux d’information, dans un monde de réactivité et d’accélération, cela induit un nouveau rapport au temps et à l’espace.

La dissociation de l’information de son support constitue une révolution de première importance : la manipulation de façon homogène de toute information, quelle que soit sa nature, qui rompt avec l’identification traditionnelle, qui nous a longtemps été familière, entre type d’information et support physique ( le texte sur du papier, le son sur des bandes magnétiques, les photos sur des films en celluloïd).

cf le travail de Damien Bourniquel http://lesportraitsaudacieux.blogspot.fr/, qui mélange les datas images et sons…

http://imagesaudacieuses.blogspot.fr/p/images-audacieuses-les-images.html et son explication…
D’un point de vue philosophique, quatre types de conception de l’internet sous tendent notre pratique : l’hypothèse du service, qui consiste à penser les réseaux en termes d’usages et surtout de bénéfices. le relation instrumentale que nous entretenons avec internet témoigne de notre volonté d’agir et d’être en quelque sorte opératoires. ( Il nous offre une forme de “capacitation”). Ensuite, le postulat de l’immersion(...) l’information est aujourd’hui le réel, dans la mesure où nous sommes immergés dans les réseaux. La troisième dimension est celle de la conception dysfonctionnaliste de l’Internet : les machines nous imposent, sans que nous nous en rendions compte,leurs règles du jeu. Enfin, dernière dimension fondamentale de l’internet, l’expérience des savoirs : la classification sémantique fait d’Internet un espace de réorganisation permanente de ses propres contenus. En d’autres termes, “quelque chose a lieu, dans des conditions qui ne préexistaient pas aux requêtes qui l’actualisent et littéralement, le réalisent”.

Les usages des nouvelles technologies :
La technologie et la société ne sont pas deux entités autonomes ; elles sont en interaction constante, étroitement imbriquées et s’enrichissent mutuellement….L’anticipation des usages est déjà inscrite, par exemple, dans le dispositif d’innovation.
Les usages sont inscrits dans les instruments de communication eux mêmes, incorporés à eux, mais également dépendants des compétences cognitives, des habiletés techniques des usagers.(...) En d’autres termes, l’usage est ce que les spécialistes appellent un “construit social” qui se déploie dans la durée et dans un cadre situé, un contexte économique, social et culturel donné qui varie selon chaque pays. Il est le fruit d’une dialectique complexe entre émancipation ( liberté apparente de choix et de pratiques) et domination ( matérialité du support et des dispositifs, poids des inégalités sociales).
Les technologies numériques ont ceci de particulier qu’elles font de leurs utilisateurs à la fois des usagers et des producteurs de contenus médiatiques.
force est cependant de constater qu’il y a toujours un écart important entre les usages prévus ou prescrits et les usages effectifs.

Le marché de la visibilité
L’enjeu central est non seulement la captation de l’attention des internautes, mais encore la création pour un artiste ou un créateur de sa propre visibilité en ligne...La culture de l’exposition part du principe que l’essentiel est de se faire remarquer en étant VU.C’est le “capital de visibilité” selon N.Heinlich.
Dans un tel contexte, l’image, plus que l’écrit et le son, est aujourd’hui l’objet central de la mise en visibilité.(...) la singularité d’un individu est de plus en plus dissocié de l’excellence dans la mesure où elle repose sur la seule visibilité.

La permanence d’inégalités numériques
Fortes disparités entre individus dans l’accès, l’appropriation et les usages des technologies numériques. Sorte de “fracture numérique”, alors qu’on présuppose des aptitudes d’appropriation identiques pour tous. Il faut distinguer pourtant les conditions matérielles d’accès à Internet qui peuvent être sources de disparités et d’autre part les potentialités cognitives de chaque utilisateur et surtout l’accomplissement effectif de ces potentialités.
Ces inégalités numériques sont de plusieurs ordres : d’abord l’avoir ( disposer d’un accès aux outils de communication), ensuite le savoir (l’étendue des compétences qu’un individu peut mobiliser), enfin le pouvoir ( la capacité de tirer personnellement profit des usages).

Une culture expressive et relationnelle : une présence connectée.
Identité personnelle et identité sociale sont étroitement imbriquées et cette imbrication montre que les nouveaux outils de communication numériques sont à la fois une source de construction de soi et une forme de marquage social (...)La plus grande variété des modes de contact à notre disposition ( téléphone portables, sms, mails, messageries, réseaux sociaux, forums etc..) est en fait le signe d’une sociabilité de plus en plus “instrumentée” et d’un usage entremêlé des nouvelles technologies qui combine différents niveaux de temporalités ( synchrones ou asynchrones).
Monde en ligne et monde hors ligne s’enchevêtrent.
Notre corps n’est pas exclu, mais il a muté en devenant hybride, à la fois matériel et virtuel, nos perceptions sensorielles numériques concernent désormais en priorité le toucher et la tactilité.
Notion d’extimité” : processus par lequel des fragments du soi intime sont soumis au regard d’autrui afin d’être validés.
Les plateformes relationnelles constituent davantage des outils d’expression de soi que de véritables techniques de soi et ne favorisent guère un recul réflexif sur soi même.

La sociabilité numérique juvénile
Parler de soi et de ses préférences culturelles devant les autres par écran interposé équivaut en quelque sorte à élaborer en commun la définition des pratiques valorisées et valorisantes, quitte à encourager un certain conformisme des goûts et des comportements.
Les jeunes internautes inventent un langage numérique qui leur est propre, adoptent des conventions linguistiques particulières dans les messages échangés par SMS, courriels, réseaux sociaux, qui sont parsemés d’abréviations, de smiley, d’acronymes lexicaux…
Les réseaux sociaux sont des supports de création de nouvelles relations sociales.

Une culture coopérative et évolutive : un foisonnement créatif
On assiste à une inflation des dispositifs de participation du public qui promeuvent des pratiques expressives multi écrans, qui invitent au partage et à la co-création, mettant à mal la séparation habituelle entre producteurs, diffuseurs et récepteurs.
Notions de copyright et copyleft (logiciels libres) : deux visions du monde différentes : l’une se fondant sur les principes d’autorité et de contrôle ; l’autre sur ceux de tolérance informée et de dialogue coopératif.
La circulation intermédiatique modifie les modalités d’appropriation des oeuvres par les publics et transforme leur signification originelle.

L’acquisition des connaissances et des savoirs
L’intelligence simultanée est fondée sur la capacité à traiter plusieurs informations à la fois, sans qu’il soit possible d’établir entre elles un ordre, une succession, ou une hiérarchie.
A la linéarité d’une modalité de connaissances bien ancrée dans les habitudes depuis des siècles a par conséquent succédé la simultanéité des stimuli auditifs et visuels.
Comportement multitâche : la capacité à mener simultanément plusieurs opérations en accordant à chacune d’entre elles une attention partielle et fluctuante.
“l’inappétence entre ces montagnes d’images et de textes paraît, elle aussi, à son comble(...) Au moment ou le stockage tend vers l’infini, sa consultation nostalgique tend vers zéro.”

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